13 septembre 1958 – 13 septembre 2022 : il y a 64 ans Mpodol Ruben Um Nyobe était assassiné par l’armée

française.

Au moment où les nationalistes camerounais commémorent l’exécution, sous maquis, de l’un des plus illustres pères de l’indépendance du Cameroun, un ouvrage vient de lui être consacré: « Ruben Um Nyobe, le père de l’indépendance du Cameroun: de son combat à sa disparition 17 décembre 1952 – 13 septembre 1958 », c’est le titre de l’opuscule commis par Jean Jacques Biya II, militant de l’Union des populations du Cameroun(Upc) et écrivain engagé.

 Ruben Um NyobèNote, surnommé « Mpodol » (« celui qui porte la parole des siens », en bassa), c’est-à-dire le « porte-parole », est  né le 10 avril 1913 à Eog Makon et mort assassiné le 13 septembre 1958 à Libelingoï, près de Boumnyébel (actuel département du Nyong-et-Kéllé, région du Centre), est un militant indépendantiste et anticolonialiste camerounais, une des premières personnalité politique à revendiquer l’indépendance de son pays, le Cameroun, en Afrique francophone, et l’unification des parties orientale (sous tutelle française) et occidentale (sous tutelle britannique).

Œuvré pour la naissance du sentiment national, l’indépendance ou la construction du pays, le rayonnement de son histoire ou de sa culture

D’ethnie bassa, Um Nyobè est la figure de proue de la lutte armée pour l’indépendance du Cameroun. Il est tué en 1958 par l’armée française alors qu’il menait une rébellion armée. Ses compagnons d’arme furent notamment Félix-Roland Moumié et Ernest Ouandié.

Jusque dans les années 1990, toute évocation de Ruben Um Nyobè était interdite3. La loi camerounaise n° 91/022 du 16 décembre 1991 le réhabilitera, celui-ci ayant « œuvré pour la naissance du sentiment national, l’indépendance ou la construction du pays, le rayonnement de son histoire ou de sa culture ». Aux termes de l’article 2 de la loi précitée, « la réhabilitation (…) a pour effet de dissiper tout préjugé négatif qui entourait toute référence à ces personnes, notamment en ce qui concerne leurs noms, biographies, effigies, portraits, la dénomination des rues, monuments ou édifices publics ».

Ruben Um Nyobè fut abattu par l’armée française le 13 septembre 1958 dans la forêt où il se cachait, après que les troupes coloniales françaises l’eurent localisé, grâce à des indiscrétions de quelques « ralliés. Après de longs mois de traque contre ses partisans, tous tués ou capturés les uns après les autres, son campement fut localisé début septembre 1958 par le capitaine Agostini, officier des renseignements et par Georges Conan, inspecteur de la sûreté33. Um Nyobè fut abattu de plusieurs balles, tombant sur le bord d’un tronc d’arbre qu’il s’efforçait d’enjamber ; c’était près de son village natal, Boumnyebel, dans le département du Nyong-et-Kéllé dans une zone occupée par l’ethnie Bassa dont il était par ailleurs natif.

Tous les habitants étaient absolument consternés. A Eséka, la tristesse se lisait sur la plupart des visages

Après l’avoir tué, les militaires traînèrent son cadavre dans la boue, jusqu’au village Liyong. Cela le défigura, sa peau, sa tête et son visage étant profondément déchirés. En travestissant à ce point sa dépouille, la force coloniale voulut « détruire l’individualité de son corps et le ramener à la masse informe et méconnaissable » écrit l’historien camerounais Achille Mbembe. C’est dans le même esprit, poursuit-il, qu’« on ne lui accorda qu’une tombe anonyme ». Aucune épitaphe, aucun signalement particulier n’y furent inscrits. Les autorités coloniales le firent enterrer sans cérémonie, coulé dans un bloc massif de béton.

Pour Charles Okala, ancien ministre et leader politique, qui s´est confié à Abel Eyinga trois années après la mort de Um Nyobè, « la décision de procéder à l’élimination physique de Ruben Um Nyobè avait été prise [en la présence de M. Okala] dans la ville de Batschenga, au cours d´une réunion à trois, Ahmadou Ahidjo, Moussa Yaya Sarkifada et lui, Charles Okala. ».  Le rapport de la Sureté indique que « Tous les habitants étaient absolument consternés. A Eséka, la tristesse se lisait sur la plupart des visages. »

Actu Cameroun vous présente ici le document de son assassinat :

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