Beaucoup de questions restent en suspens après la signature, samedi 31 décembre, de l'accord entre majorité présidentielle et

opposition de RDC. Les bons offices des évêques catholiques, qui ont accompagné et supervisé les négociations, sont loin d'être terminés. Les différentes composantes politiques congolaises doivent encore se retrouver pour arriver à un consensus sur un «arrangement particulier» portant sur de nombreuses questions, dont le calendrier d'application de l'accord. Une première réunion devrait se tenir en début de semaine. Certains points inquiètent, comme les réserves émises à côté de la signature de la majorité présidentielle au bas de l'accord. D'autres rassurent, comme l'annonce de la fin des poursuites judiciaires contre plusieurs opposants.

 

C'est avec soulagement mais prudence que la communauté internationale a accueillie la signature samedi de l'accord entre opposition et majorité en RDC. L'Union européenne et la Monusco ont souligné que le travail devait continuer pour une mise en œuvre effective de l'accord. Une prudence notamment alimentée par les réserves officiellement formulées par la majorité au moment de la signature.

Même si elles suscitent des craintes, le ministre des Affaires étrangères belge Didier Reynders estime que les deux camps n'ont d'autre choix que de dépasser leurs réserves respectives pour travailler dès maintenant à finaliser l'accord. « Je pense que ce qu’il faut vraiment prendre comme un élément positif, c’est la capacité des évêques de remettre autour de la table pratiquement l’ensemble des acteurs congolais sur la scène politique. Mais on sait qu’il y a énormément de réserves, soit exprimées, comme ça a été le cas par la majorité présidentielle, soit qui sont évoquées lorsqu’on contacte l’un ou l’autre des acteurs. Et ces réserves, elles vont devoir être levées, il n’y a pas beaucoup d’autres solutions dans la mise en œuvre », souligne-t-il.

« C’est là que j’espère que la Conférence des évêques continuera à jouer son rôle de médiation, et puis que la communauté internationale va continuer aussi à mettre suffisamment de pression autour de cet accord pour que l’on aille vers une mise en œuvre concrète, à savoir la mise en œuvre des élections en 2017 dans de bonnes conditions, insiste Didier Reynders. Pour qu’il y ait des élections dans de bonnes conditions, il faut que tout le monde se sente à l’aise à la fois dans la manière dont les élections vont s’organiser - c’est tout le problème de la Commission électorale nationale indépendante, la Céni - et puis dans la façon de pouvoir participer - c’est tout le problème de l’ouverture de l’espace public et du fait que tous les candidats puissent participer dans les mêmes conditions. »

Le « meilleur cadeau » pour les Congolais

Les Congolais aussi sont partagés entre espoir et prudence. Comment les Kinois réagissent-ils face à cet accord qui devrait permettre la tenue des élections crédibles et pacifiques en décembre 2017 ?


Vital Kamerhe de l'Union pour la nation congolaise (UNC) considère lui l'accord de Kinshasa comme le « meilleur cadeau » qu'on pouvait faire aux Congolais en ce début d'année. Pour cet ancien président de l'Assemblée nationale, l'essentiel était d'obtenir qu'aucun président ne puisse briguer un troisième mandat.

« Primo, nous avons obtenu finalement que l’on déclare et que l’on écrive noir sur blanc dans l’accord que tout président de la République qui a fait deux mandats, ne peut pas en briguer un troisième consécutif. Donc le président Kabila ne va pas briguer de troisième mandat, se félicite-t-il. Et pour nous, le cadeau, c’est que l’apocalypse qui était prédite par beaucoup de médias nationaux et internationaux, de politiciens, n’est pas au rendez-vous aujourd’hui. Nous avons passé le réveillon du Nouvel An dans la quiétude sur l’ensemble du territoire national. Et c’était ça mon obsession, personnellement : éviter que le sang des Congolais, qui a trop coulé, coule davantage. »

Libération et arrêt des poursuites contre les opposants

Parmi les motifs de satisfaction aussi, les mesures de décrispation. Le régime s'engage à régler tous les cas des détenus et condamnés. Il devra également mettre fin aux harcèlements judiciaires et autres des opposants.

Le dossier des prisonniers politiques a été traité dans la commission de décrispation aux négociations directes qui ont été conduites par l'Eglise catholique. Les cas Moïse Katumbi Chapwe, Jean-Claude Muyambo et Eugène Diomi Ndongala seront suivis par les évêques qui, du reste, en ont déjà parlé avec le chef de l'Etat, selon Me Georges Kapiamba.

Quatre autres cas auraient déjà été résolus, à en croire le même avocat. Le président de l’Association congolaise pour l'accès à la justice (ACAJ), a cité Antipas Mbusa Nyamwisi, Roger Lumbala et Floribert Anzuluni, tous les trois en exil forcé, ainsi que Moïse Moni Della en prison à Kinshasa. Ceux-ci doivent dorénavant revenir au pays ou recouvrer leur liberté à partir de cette semaine.

Antipas Mbusa Nyamwisi n'est pas derrière les barreaux mais en exil en Afrique du Sud. Il se réjouit de la signature de l'entente, mais il reste préoccupé pour sa sécurité et n'a pas l'intention de rentrer à Kinshasa pour l'instant.

Reste alors les dossiers de plus de 400 personnes considérées comme détenus politiques ou d'opinion. Parmi ces personnes, les condamnés dans le procès de l'assassinat du président Laurent-Désiré Kabila en 2001 et bien d'autres détenus qui sont bénéficiaires de différentes mesures d'amnistie prises dans le pays. Ces derniers dossiers seront traités au cas par cas par une commission des magistrats mise en place dans le cadre des négociations de la Cenco avec l'assistance des défenseurs des droits de l'homme.

© RFI