Le député Carlos Martens Bilongo (au milieu), du parti La France Insoumise s' est estimé victime de propos racistes."Qu'il retourne en Afrique": l'Assemblée nationale française a voté vendredi l'exclusion pour 15 jours d'un député d'extrême droite ayant tenu des propos jugés racistes, qui ont suscité une

vague d'indignation. Il s'agit de la plus lourde sanction disciplinaire possible. Le député Grégoire de Fournas se voit également privé de la moitié de son indemnité parlementaire pendant deux mois.

Cet élu du Rassemblement national (RN), le parti de Marine Le Pen, a reconnu avoir lancé jeudi "qu'il retourne en Afrique" lors d'une intervention d'un élu noir, Carlos Martens Bilongo, qui s'exprimait sur le "drame de l'immigration clandestine" à l'Assemblée. M. de Fournas a ensuite catégoriquement nié tout caractère raciste, assurant parler du bateau humanitaire Ocean Viking bloqué en mer avec 234 migrants, et pas de Carlos Martens Bilongo, élu de la gauche radicale (La France insoumise, LFI).

Il a dénoncé une "manipulation de LFI" visant à lui prêter des "propos dégueulasses". L'incident a provoqué une vague d'indignation jusqu'au plus haut sommet de l'Etat. Il avait entraîné jeudi la fin prématurée de la séance de questions au gouvernement, une décision rarissime prise par la présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet. "Le racisme, quelle qu'en soit la cible, est la négation des valeurs républicaines qui nous rassemblent dans cet hémicycle", a déclaré vendredi la titulaire du perchoir, après le vote de la sanction.

Grégoire de Fournas est le deuxième député exclu temporairement de l'Assemblée depuis 1958. Le camp présidentiel et l'alliance de gauche Nupes plaidaient pour la sanction "la plus lourde" contre le député d'extrême droite.    Démission? "La question de sa démission se pose", a lancé le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin vendredi, ajoutant qu'il signerait une pétition du parti présidentiel réclamant son départ. Les Verts et des élus LFI demandent aussi sa démission. Marine Le Pen a critiqué une "procédure où on est jugé par nos adversaires politiques", en fustigeant un "mensonge" de LFI sur l'incident.

Sans les RN, les autres élus ont soutenu la sanction à l'unanimité. Un rassemblement de soutien à Carlos Martens Bilongo, né en France de parents angolais et congolais, s'est tenu vendredi près de l'Assemblée, réunissant quelques centaines de personnes. "Ma personne a été attaquée mais aussi les personnes qui me ressemblent. Des millions de Français ont été attaqués hier. En 2022, nous ne devons pas laisser place à ces idées", a affirmé le député. Sur BFMTV, Grégoire de Fournas, qui "assume totalement ses propos sur la politique migratoire anarchique", a exclu toute démission et accuse M. Martens Bilongo d'avoir "senti un coup à jouer dans la victimisation communautaire".

Après la sanction, il s'est redit "totalement innocent": "je ressens cette sanction d'une dureté inouïe avec une grande injustice. Mais respectueux de l'institution, je m'y soumets". Viticulteur, Grégoire de Fournas est l'auteur d'une série de tweets tendancieux par le passé. "En Afrique, ils aiment tous la France et ses allocs. On accueille toute l'Afrique?!", a-t-il tweeté en 2017; et en janvier 2022: "En réponse à l'expulsion de notre ambassadeur au Mali, il faut expulser tous les Maliens de France!". Cette affaire fragilise la stratégie de dédiabolisation revendiquée par son parti, depuis l'élection inédite de 89 députés RN en juin.

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